Mardi 4 Décembre 2018, Christophe Honoré (Aimer, Plaire et courir vite) nous a fait l'honneur de nous dédier deux heures pour nous parler de sa vision du cinéma, de son parcours et de la notion de transmission.

Le réalisateur nous a d'abord parlé des références qui ont nourris son cinéma, et ce dans différents domaines : la musique, la littérature, la peinture et évidement le cinéma. Il nous a d'abord parlé du groupe The Laze et de sa rencontre fortuite avec le chanteur anglais du groupe qui a nourri son adolescence et l'a énormément motivé à poursuivre ses rêves.
Le metteur en scène a poursuivi en nous parlant d'Hervé Guibert (A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie), un écrivain qu'il appréciait beaucoup et qui devint, selon ses mots, le "visage" du SIDA en France dans les années 90, après avoir succombé à la maladie. Christophe Honoré, qui se livrait sur son adolescence, nous a également raconté comment il a eu une réelle passion pour le peintre Claude Viallat grâce à son ex petite-amie qui étudiait les arts plastiques. Il aimait le fait que cet artiste laissait vivre ses couleurs, qu'il laissait l'imprévu créer l'oeuvre et ainsi la rendre unique. Il ne savait pas comment les couleurs allaient évoluer sur son support, mais acceptait toujours le résultat et c'est cette idée de l'imprévu qui inspira beaucoup Honoré sur sa manière de réfléchir lors ses tournages. Il nous parla également d'une chorégraphie de danse contemporaine de Dominque Bagouet, également mort du SIDA. Cette pandémie travailla alors beaucoup notre réalisateur, comme beaucoup de ses contemporains, et nourrit encore une fois son imagination.

Enfin, le metteur en scène nous parla de sa référence principale, Lola de Jacques Demy.
Il se considère comme un « prétendant » à son oeuvre, et non comme un héritier. Christophe Honoré s'inspira énormément de ce film pour lequel il eut un coup de coeur à 13/14 ans. Il se baladait à Nantes afin de trouver les lieux de tournages que Demy avait utilisés pour s'imprégner de cette atmosphère qui le passionnait tant. Le cinéma de Demy l'inspira tellement qu'il décida de nommer son premier film "17 fois Cécile Cassard". Bien qu'il changea le genre et modifia l'histoire des personnages, le nom de la protagoniste, sa tristesse et son rôle de mère sont bel et bien présents. Christophe Honoré alla même jusqu'à faire rejouer à Romain Duris une scène de Lola : le moment où Cécile chante la musique écrite par Agnès Varda.

La soirée continua avec les questions de quatre étudiants en cinéma et en art dramatique qui s'interrogeaient sur la création artistiques avec des questions telles que « Créer, est-ce répondre aux morts ? », « Créer, est-ce parler aux enfants ? » ou encore « Créer, est-ce dire une partie de soi ? ». Christophe Honoré nous a alors beaucoup parlé de son histoire à propos de son père décédé lorsqu'il était jeune et de ces films qui établissent une transmission avec lui. À propos des enfants qu'il met en scène notamment dans les malheurs de Sophie, il considère qu'un film pour enfants n'est pas un film uniquement pour eux, mais pour tout le monde. Il a également été très touchant lorsqu'il a dit qu'il filmait des enfants qui voulaient devenir grand, et des adultes qui voulaient rester enfant. Christophe Honoré qui a déjà écrit des livres pour enfants parle alors d'une thématique qu'il connaît très bien. À Propos de la question « Créer, est-ce dire une part de soi ? », Honoré nous offre une très belle définition du cinéma d'auteur : «  C'est un film qui parle à la première personne ». Selon lui, tout film est personnel, mais plus l'auteur se livre, plus le fond du propos conduit celui-ci vers le film d'auteur.

Christophe Honoré est donc un cinéaste très intimiste, qui parle beaucoup de son expérience et se nourrit des références de son adolescence afin de nous offrir des films uniques, mais qui s'inspirent de ses modèles.

Manon B.