Quand nous sommes en week-end, nous ne sommes pas mécontents d’être chez nous. Nous vaquons à nos occupations. Nous pouvons sortir, nous distraire, faire ce qu’il nous plait – et même rester confinés si tel est notre choix. Le week-end nous offre des libertés que le travail nous interdit. Et nous savons aussi qu’il a une fin, c’est pourquoi nous essayons d’en profiter au maximum.

En un sens, le confinement que nous vivons en ce moment pourrait ressembler à cela : à un long week-end qui déborderait sur les autres jours de la semaine, presque des vacances. Mais ce confinement nous est imposé ; il vient d’en-haut, du sommet de l’Etat. C’est une contrainte générale qui transcende les individualités au nom d’un Bien commun : protéger la santé de tous, et particulièrement des plus fragiles.

Dès lors, l’idée de confinement – qui en soi ne demande pas un effort surhumain – sonne plutôt comme la fin des vacances de l’homme libre et de l’individualiste façonné par une société libérale. Le principe de liberté cède le pas au principe d’égalité. Tout le monde ou presque doit se confiner, car n’importe qui peut infecter n’importe qui. L’épidémie progressant, l’individu devient une variante comptable dans l’économie des statistiques et des taux de mortalité.

Cependant, restant chez nous, rien ne nous empêche de faire ce que nous voulons : lire, écrire, jardiner, jouer avec les enfants, préparer de bons petits plats, regarder la télévision… Mais ces activités, si agréables soient-elles, sont fixées par la contrainte. On n’est plus exactement dans les loisirs du week-end. On n’est pas non plus dans une prison ; il n’y a pas encore de couvre-feu et l’armée ne sillonne pas les rues. Bref, on peut dire que le confinement crée chez chacun d’entre nous un sentiment d’étrangeté : on est libre tout en étant chez soi. La vie tourne au ralenti. Et l’horizon d’attente se réduit un peu plus, à mesure que l’épidémie progresse : cafés, restaurants et cinémas sont fermés. Une ambiance de guerre, mais sans ennemi visible, sinon nous-mêmes, sinon le voisin, sinon n’importe qui, porteur d’un virus asymptomatique qui s’attaque aux uns et laisse les autres en paix.

En clair, le confinement est tout le contraire d’un week-end prolongé. Il porte en lui d’autres virus que nous maintenons d’habitude à distance, parce que nous sommes à l’extérieur, parce que nous travaillons : l’ennui, l’anxiété, la difficulté de vivre à deux ou à plusieurs sous un même toit. Dès lors, le confinement n’est plus seulement une question prophylactique, il devient une question existentielle où le sens de notre vie nous est posé.

@Pascal Hérault.